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Moïse dans l’islam

Moïse est le prophète des trois religions monothéistes : Judaïsme, Christianisme, Islam. Son message est un des appuis les plus solides de la Révélation, grande figure biblique. L’envergure de son personnage confère à l’histoire et à la théologie une dimension élargie à toute l’humanité.

Pour l’Islam, il est un des pôles de la prophétie et s’inscrit comme l’interlocuteur privilégié de Dieu dans la lignée des prophètes fondateurs. Il est cité 112 fois dans le Coran, au cours de 27 sourates (alors qu’Abraham est cité 64 fois, Jésus 26 fois et Muhammad 4 fois).

Coran IV – 164 : « Nous t’avons fait une révélation comme celles que nous fîmes à Noé et aux Prophètes après lui. Nous avons fait révélation à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob, aux Tribus, à Jésus, à Job, à Jonas, à Aaron et à Salomon. Nous avons donné des psaumes à David, et Allah a parlé à Moïse de vive voix ».

Reçu comme un législateur et un grand fondateur, Moïse est celui qui a donné au peuple d’Israël un statut comme base de sa vie. Son nom reste cependant sujet à certaines conjectures quant à son origine : d’aucuns pensent à une racine sémitique, beaucoup y voient un nom égyptien, Mosé étant un nom propre assez fréquent à l’époque de Ramsès. Moïse est considéré par les Egyptiens comme un Hébreu, groupe plus large que celui des   Israélites.

Dans les ouvrages de prophétologie islamique (Tabari), l’existence de Moïse est apparentée à la tribu des Lévi par son père Amram et sa mère Jacobed. Il avait une soeur, Maryam, et un frère, Aaron (Harûn), plus âgés que lui. Il est né en Egypte au XIV ème siècle avant J. C. et mourra sur les bords du Jourdain, laissant à Josué le soin de s’implanter en terre de Canaan.

Mariage : C’est en fuyant la terre égyptienne qu’il entre dans Madyan, cité bien connue de l’autre côté de la Mer Rouge, où il est accueilli par un personnage prophétique : Jethro ou Shu’ayb qui allait devenir son beau-père par le mariage avec Sephora, l’une des deux filles de Jethro.

Dans le Coran, la vie de Moïse est l’objet d’un récit détaillé dans la sourate 28 (Le récit Al Qasas), et son exemplarité prophétique et est souvent invoquée comme celle de celui qui a prêché par excellence la crainte et l’obéissance au Dieu Unique.

La version coranique concernant Moïse, sans être en opposition avec celle de l’Ancien Testament, en diffère cependant sur un point capital : si Moïse reste l’homme d’un peuple, l’homme d’Israël avec lequel son histoire se confond, l’Islam restitue son apostolat et son message à l’humanité tout entière.

Missionnaire d’un peuple et messager d’une époque, il est chargé dans le Coran, comme d’autres envoyés de Dieu, d’éclairer l’humanité et de la ramener à Dieu.

Coran IV – 91 : « Dis, qui a fait descendre le Livre que Moïse a apporté comme lumière et guide pour les hommes ? Dis : c’est Allah ! »

Coran 53 – 36 – 39 : « N’a-t-on pas annoncé ce qu’il y avait dans les familles de Moïse et d’Abraham qui ont parfaitement annoncé (aux hommes) qu’aucune âme ne portera le péché d’autrui et qu’en vérité l’homme n’obtient que les fruits de ses efforts ? »

Pour l’Islam, Moïse est un guide vigilant et un sauveur du peuple juif. Il a reçu une Ecriture : le Décalogue, qui est un message de paix, d’amour universel pour toute l’humanité. La législation qu’il instaure abroge les anciennes croyances et traditions. L’Islam le considère dans sa mission de prophète nanti du privilège de parler et d’entendre Dieu. De la lignée de Noé, Abraham, Jésus, Muhammad (qui disait parfois de lui « Mon frère Moïse »), sa mission était universelle : proclamer l’unicité de Dieu, mettre en garde les hommes et en tout premier lieu le peuple d’Israël contre le châtiment de Dieu. Moïse est auprès de Dieu un témoin soumis à l’unicité divine. Avec les autres messagers et envoyés, la continuité de la chaîne prophétique reconnue dans le judaïsme est également affirmée dans l’Islam, chaque envoyé confirmant la continuité de la révélation des Prophètes avant lui.

Coran II – 285 : « Le Messager a cru en ce qui lui a été révélé par son Seigneur, et les croyants ont tous cru en Dieu, en ses anges et en ses livres, en ses messagers, en disant

« Nous ne faisons aucune distinction entre ses messagers et nous lui sommes soumis ».

Deux points essentiels dans la rencontre de Moïse avec Dieu ont fixé particulièrement l’attention des théologiens musulmans : la parole de Dieu, le refus de sa vision. Dieu a véritablement parlé à Moïse, directement, à haute voix, pour lui communiquer une révélation et annoncer Sa décision :

Coran IV – 164 : « Et Allah a parlé à Moïse de vive voix ».

Coran VII – 143 : « Lorsque Moïse vint vers Son Seigneur qui lui parla, il dit : O Mon Seigneur, montre-toi à moi pour que je te voie ! (Dieu). Il dit : Tu ne me verras pas, mais regarde le mont « Sinai » Lorsque le Seigneur se manifesta au mont, il le pulvérisa, et Moïse s’effondra foudroyé. Lorsqu’il se remit, il s’écria : « Gloire à Toi, à Toi, je me repens, je suis le premier des croyants ! »

Ainsi, la demande de vision directe de Dieu est insoutenable et cette connaissance est inaccessible à l’homme et aux prophètes parce que dépassant leur nature et que l’irradiation de la seule gloire de Dieu anéantirait les montagnes et, à plus forte raison, les hommes.

La mystique musulmane (soufisme) a repris à son compte le problème de la vision de Dieu et le tient pour un point essentiel de son système. Les rationalistes de l’Islam (mutazilites), par contre, la rejettent catégoriquement, mais certains comme Huzayl admettent la « vision du coeur ».

Dans ses grandes lignes, la vie de Moïse est relatée dans le Coran en reprenant, à travers les nombreux versets, une suite chronologique décrivant son existence jusqu’à la fin de sa vie, où est signalé un voyage avec un personnage cité dans le Coran, mais non dans la Bible : Al Khidr, l’ultime initiateur à la sagesse.

Les sourates 18, 20 et 28 sont largement consacrées aux épisodes de sa vie. Sourate 20 : « L’histoire de Moïse t’est-elle parvenue ? »

Sourate XXVIII – V. 3 : « Nous allons raconter en toute vérité l’histoire de Moïse et de Pharaon, à l’intention de ceux qui croient ».

En ce qui concerne sa naissance, le Coran décrit « Moïse sauvé des eaux » en ces termes (sourate 20) : « Nous t’avons favorisé une autre fois quand nous avons envoyé à ta mère une inspiration : « Mets-le dans un coffre et jette-le dans le flot de sorte que le flot le porte à la rive. Il sera accueilli par mon ennemi qui est aussi le sien ».

En ce qui concerne l’enfant jeté puis sauvé, le Coran ajoute :

Sourate 20 – V. 38 : « Lorsque nous révélâmes à ta mère ce qui lui a été révélé, nous lui ordonnâmes : mets-le dans un coffre et lance-le dans les eaux qui le rejetteront sur la rive. Un de nos ennemis à moi et à lui le recueillera. Ta soeur, venant à passer, dit : « Puis-je indiquer une nourrice qui se chargera de lui ? » C’est ainsi que nous te rendîmes à ta mère pour qu’elle se réjouisse à ta vue ».

Dans une sourate voisine, Dieu rappelle à Moïse qu’il fut élevé à la cour.

Sourate 28 – V. 4 : « Mais Pharaon était hautain sur terre. Il répartit en clans ses habitants afin d’abuser de la faiblesse de l’un d’eux : il égorgeait leurs fils et épargnait leurs femmes. Vraiment, quel fauteur de désordre ! »

  1. 9 : « Or la femme de Pharaon dit : « Cet enfant (recueilli) réjouira ma vue et la tienne. Ne le tuez pas ! Il pourrait nous être utile en le prenant pour enfant… »
  1. 14 : « Quand il eut atteint sa maturité, nous lui donnâmes le jugement et la science : c’est ainsi que nous récompensons les bienfaisants ».

Puis le Coran rappelle certains événements :

20 – 40 : « Tu as tué un homme et nous te tirâmes d’affaire, et te soumîmes à des tentations ».

La fuite de Moïse au pays de Madyan est rappelée dans les sourates 20 et 28, 20 – 42 :

« Partez, toi et ton frère – Puis tu demeuras des années durant chez les habitants de Madyan ».

C’est dans cette cité du littoral de la Mer Rouge, non loin d’Eilat sur le chemin de l’Arabie, qu’il rencontre ce peuple décrit comme « des marchands fraudeurs, coupeurs de routes », et que tente de ramener vers la religion d’Abraham le vénérable Choaïb ou Jethro. Le vénérable patriarche accordera sa fille en mariage à Moïse, ainsi que son hospitalité et la garde de ses troupeaux.

C’est dans ce pays de Madyan que Moïse reçoit de Dieu l’ordre de retourner en Egypte pour délivrer son peuple du joug de Pharaon. « Tu vécus des années durant parmi les habitants de Madyan. Puis en vertu d’une prédestination, tu vins ici, ô Moïse ! »

20 – 42 : « Pars en compagnie de ton frère nanti de mes signes, trouvez Pharaon car il agit en impie. Tenez-lui un langage affable. Peut-être se souviendra-t-il de moi et me craindra-t-il. Seigneur ! dirent Moïse et Aaron, nous craignons sa fureur… »

20 – 45 : « Ne craignez rien, dit Allah, allez auprès de lui et dites-lui : « Nous sommes deux envoyés de ton Seigneur ; laisse partir avec nous les enfants d’Israël, ne les tourmente plus ! »

Dans le Coran, il est dit à propos de cet appel survenu du Buisson ardent « de la Sainte Vallée de Tuwa » :

Coran, 27 – « Alors il vit un feu et il dit à sa famille : « Restez ici, j’aperçois un feu ; peut être en rapporterai-je un tison ou bien y trouverai-je une direction ». Quand il y fut arrivé, une voix appela : « Moïse ! je suis ton maître, ôte tes sandales car tu es dans le Val sacré de Tuwa »   ».

Un autre verset précise qu’Allah appelle Moïse « du flanc droit du wadi dans la Buqâ bénie », où un savant auteur comme Horowitz retrouve l’Horeb.

D’anciens versets coraniques, de la période mecquoise (alors que la plupart des récits sur Moïse figurent dans la période médinoise), ne donnent que des renseignements assez vagues sur la mission de Moïse et d’Aaron (Harûn) son frère, ainsi que sur Pharaon lui-même nommé « l’Homme des piliers », « Phir’aouna-dhi-l’outadi ». En raison peut être des innombrables tentes de son armée, de ses palais ou de la tour fameuse de Pharaon destinée à atteindre le ciel.

En effet, le Coran rapporte la mention biblique de l’ordre que donna Pharaon à l’orgueilleux Haman de construire cet édifice, lui disant : « Allume le feu sur l’argile et fais-moi une tour pour que je monte jusqu’au Dieu de Moïse… ».

C’est vers la fin de la période mecquoise du Coran (620-621) que l’on retrouve les versets traitant des demandes de libération du peuple hébreu, des refus de Pharaon, de la joute des bâtons transformés en serpents ; Coran, 27 – 10 : « Lorsque Moïse jeta son bâton qu’il vit remuer comme un serpent, il voulut tourner le dos pour fuir. « Ne crains pas Moïse, les Messagers ne craignent point auprès de moi ».

« Nous avons fait subir aux gens de Pharaon, enfin dix plaies d’Egypte, des années de disette… Nous avons envoyé sur eux l’inondation et les sauterelles, la vermine et le sang ». Les gens de Pharaon s’émeuvent : « Laisserons-nous Moïse et son peuple faire le mal sur la Terre ? » Mais Moïse reçoit l’ordre de partir.

L’épisode de la traversée de la Mer Rouge est ainsi décrit :

« Allah dit à Moïse : « Emmène de nuit mes serviteurs, vous serez poursuivis – laisse la mer telle qu’elle sera. C’est une troupe de noyés ! Ouvre-leur dans la mer un chemin sec et ne crains point d’être rejoint ». Lorsque Pharaon les poursuivit avec ses armées, la mer engloutit d’elles ce qu’elle a englouti ».

… « Quand les troupes de Pharaon furent proches de la noyade, Pharaon dit : « Je crois qu’il n’y a point d’autre Dieu que celui des Banû Israël ! Et je suis de ceux qui se soumettent ! »

Dans la tradition islamique, le châtiment des gens de Pharaon est commémoré par la fête du dix Muharram, l’Achoura.

L’exemple de Moïse reste dans l’Islam le Prophète conducteur de son peuple et porteur d’une Loi révélée par Dieu qui donne la vie et le protège ; vérité, amour du prochain et respect des parents. Cette fonction de législateur conducteur de peuples ou de communautés n’est pas sans rappeler l’action et la fonction du Prophète de l’Islam lui-même.

C’est dans le flanc du mont Horeb (Turisinina) que Moïse recevra les Commandements, dit le Coran, « en une Ecriture sacrée tracée sur un parchemin déployé ». Les Tables ou Tablettes (Lauroh) sont plus rarement citées à propos du Décalogue, mais plutôt du Coran lui-même (Table cachée).

Dans ces conditions, Dieu se révèle à Moïse non plus comme « le Dieu de ses pères », mais comme   son   Seigneur.   Cette   faveur   exceptionnelle   de   la   parole   de   Dieu   reçue sans intermédiaire, alors que Muhammad la perçoit par l’entremise de Gabriel, fait de Moïse dans l’Islam le Kalim Allah, l’interlocuteur direct de Dieu, rarissime privilège. Mais il ne faut pas donner crédit à certaines traditions musulmanes exagérant cet échange de paroles à 40 000 mots que Dieu a prononcés en quarante jours. Le retard que prit Moïse sur la montagne donne également lieu dans le Coran à la relation des controverses nées parmi les Hébreux et de leur lassitude d’attendre : ils érigent le Veau d’or et d’autres idoles malgré les exhortations d’Aaron.

On peut remarquer que le Veau d’Or n’apparaît point comme un culte étrange de Yahvé alors que d’anciens cultes araméens (Adad) ont adoré des veaux, des statuettes d’animaux en or qui ont du reste été retrouvées en Arabie du Sud. Dans le Coran, cette adoration est une suggestion satanique.

A son retour, Moïse exprime sa colère, jette les Tables de la Loi et menace son peuple du châtiment divin. Le Coran dit : « Moïse conseille aux gens du Veau d’or de se donner la mort. Mais ils se repentent et reviennent à Dieu. Et quand la colère fut passée, Moïse prit les Tables car en Ecriture il y a une Direction et une Miséricorde pour ceux qui craignent Dieu ».

En épilogue de cette aventure, la tradition retient que parmi les juifs il y avait des gens sincères:

II – 60 : « Nous les avons répartis en douze tribus, nous avons inspiré à Moïse d’abreuver les gens et de frapper de son bâton le rocher : il en jaillit douze sources et chaque homme put boire ce qu’il devait boire ».

Le séjour des Hébreux dans le désert et leurs difficultés sont rapportés dans le Coran. Les Hébreux font des reproches amers à Moïse. Le Coran fait ce rappel :

II – « Et alors vous avez dit (à Moïse) : « Nous ne supportons pas de n’avoir qu’un seul aliment. Invoque-nous ton Maître, qu’Il nous fasse sortir de ce que produit la terre en légumes : des courges, de l’ail, des lentilles et des oignons… »

II – 57 : « Et nous vous couvrîmes de l’ombre d’un nuage et fîmes descendre sur vous la manne et les cailles ! »

Mais, lassé de cailles et de manne, le peuple hébreu veut retourner en Egypte (Miçra). Dieu irrité lui impose quarante années de séjour dans le désert. Mais à ce propos la majorité des commentateurs a lu, au lieu de Miçra (Egypte), plutôt Maçran, une cité ou une terre cultivable à l’est ou en Syrie, c’est à dire Canaan.

Coran : « Nous avons fait sortir des vergers, des sources, des richesses et les avons donnés en héritage aux Banû Israël ».

C’est également à la fin de la révélation mecquoise (sourate 10) que l’on peut remarquer que la Loi du Sinaï apparaît dans le Coran sous forme de Table, mais plus souvent sous forme de feuillets ou parchemins comme pour Abraham.

Quand à l’exode conduit par Moïse, il fut marqué par divers événements comme la victoire de Galaad en Judée, mais surtout l’institution d’un grand prêtre et d’un corps sacerdotal recruté dans la tribu de Lévi. Mais Dieu ne permit pas à Moïse de s’emparer de la Terre promise mais seulement de la contempler depuis le mont Nebo. Il mourut à l’âge de cent vingt ans.

Une dernière évocation de Moïse dans le Coran est mentionnée dans la sourate 17 : Isra Wal Mi’raj, l’Ascension du Prophète et son voyage nocture. Durant cette ascension, le Prophète de l’Islam rencontre Moïse. Et c’est sur le conseil de Moïse que le Prophète de l’Islam se voit fixer par Dieu au nombre de cinq les prières obligatoires qu’il transmettra aux croyants à son retour de La Mecque.

Signalons enfin un récit coranique, non biblique, qui est la narration de la rencontre de Moïse avec un mystérieux personnage plein de sagesse appelé Al Khidhr (littéralement le Vert). Ce serviteur de Dieu, Wali, fut rencontré par Moïse dans le désert. Dans ce récit légendaire, un peu ésotérique, faisant du Khidr ou Khadir un initiateur, les commentateurs musulmans voient une leçon de sagesse et de réflexion pour tous, une quête de la source de vie aux confins des mers (du ciel et de la terre).

En effet, il est dit que Moïse, accompagné de son valet, rencontra un mystérieux personnage

« instruit par Dieu de quelque chose de sa science ». Moïse lui demanda de l’accompagner afin qu’il « l’enseigne de ce qu’il sait comme direction de vie ». Le personnage va éprouver la patience de Moïse. Devant l’impatience de celui-ci, le personnage explique ces faits déroutants dont l’objet est d’élever la pensée du Prophète au-delà du contingent afin de recevoir l’infini, l’inconnaissable.

On retrouve une telle légende soit dans le Talmud (qui met en scène le Prophète Elie et Josua), soit dans les traditions syriaques (Elie et Moïse) et surtout dans un récit où Alexandre le Grand rencontre un sage vieillard en Inde qui l’initie à la source de vie.

Loin de ces histoires légendaires, les commentateurs musulmans ont voulu voir dans ce récit fort symbolique l’initiation de Moïse dans l’ordre de la sagesse divine et de ses mystères. Une telle forme de connaissance a pris une grande place dans l’ésotérisme musulman et son eschatologie, où le Khidr devient un prophète invisible né dans la nuit des temps et qui réapparaîtra à la Résurrection. Il se manifeste exceptionnellement à des sages qu’il va initier au cours des siècles.

EN CONCLUSION

Pour l’Islam Moïse est le prophète à qui Dieu a parlé et qu’Il a guidé à travers les vicissitudes de son histoire et celles de son peuple. Enfant trouvé, sauvé des flots par une jeune fille pure, il ne pouvait être que pur et juste, seul capable de recevoir la Loi de Dieu et surtout d’entendre sa Parole. Néanmoins, sa nature humaine ne lui permit pas de Le voir car il reste l’infini transcendant, l’inconnaissable directement.

Cette transcendance de Dieu est partout présente dans le Coran qui limite la nature humaine à ses facultés et la raison à ses dimensions finies, laissant l’approche des mystères et des connaissances de l’au-delà du lotus de la limite à la seule Révélation décidée par Dieu pour nous éclairer de ce qu’il veut nous enseigner par ses prophètes et ses envoyés.

A ce titre, le nom de Moïse pouvait apparaître plus d’une centaine de fois dans le Coran à titre d’exemplarité et en même temps qu’une réflexion sur la fragilité humaine devant l’immensité de Dieu. Dans la mystique musulmane, Moïse caractérise le Prophète élu de Dieu préalablement parvenu au stade de l’Homme parfait ou de l’Homme premier, insurpassable parmi les créatures et qui a réuni en lui toutes les aptitudes morales et spirituelles pour être le réceptacle du divin.

C’est Ibn Arabî (XIII ème siècle) qui explicite ainsi sa conception de l’homme parvenu à cette perfection (Isan-al-kamil) : l’homme parfait. Dans son livre Fusu Alhikam (Gemmes de sagesse), il écrit : « Il est établi pour nous que l’homme est composé de deux copies, l’une interne qui est équivalente à la Présence divine, et l’autre externe, équivalente au monde extérieur. Ainsi l’homme est universel, et il est le réceptacle de tout le créé : mortel et éternel. Il est capable de parvenir à ces hauts degrés de l’Homme parfait ou Homme premier ».

MOISE DANS LE CORAN

Moïse est cité 112 fois dans le Coran, plus de nombreuses citations l’évoquant sans le nommer.

  • Sourate 2 (Al Baqarah) : 13 fois. Rappelé comme pôle dans la lignée

des prophètes majeurs reconnus par l’Islam.

  • Sourate 3 (Al Imran) : 3 fois
  • Sourate 4 (An Nisa) : 3 fois
  • Sourate 5 (Al Maïdah) : 2 fois
  • Sourate 6 (Al Anam) : 3 fois
  • Sourate 7 (Al Araf) : 11 fois. Episode du bâton et des
  • Sourate 10 (Jonas) : 6 fois
  • Sourate 11 (Hud) : 2 fois
  • Sourate 14 (Abraham) : 8 fois
  • Sourate 17 (Al Isra) : 2 fois
  • Sourate 18 (La Caverne) : 2 fois
  • Sourate 19 (Marie) : 1 fois
  • Sourate 20 (Ta Ha) : 16 fois. Pharaon (Exode), Veau d’or,

intervention du Samiri (Samaritain)

  • Sourate 22 (Al Hadj) : 1 fois
  • Sourate 23 (Al Muminun) : 1 fois
  • Sourate 26 (Les Poètes) : 5 fois
  • Sourate 27 (An Naml) : 3 fois
  • Sourate 28 (Al Qasas) : 15 Histoire de Moïse sauvé des eaux.

Tour de Haman. Ciel. Arrivée à Madyan ; épouse une fille de Jethro ; ordre de retourner vers Pharaon pour le convaincre de se soumettre à Dieu et de libérer le peuple d’Israël.

  • Sourate 33 (Al Ahzab) : 2 fois
  • Sourate 37 (As Safar) : 2 fois
  • Sourate 40 (Gafir) : 3 fois
  • Sourate 42 (Ash Shura) : 1 fois
  • Sourate 46 (Al Ahqaf) : 1 fois
  • Sourate 51 (Ad Dariyat) : 1 fois
  • Sourate 53 (l’Etoile) : 1 fois
  • Sourate 79 (An Naziat) : 1 fois
  • Sourate 87 (Le Très-Haut) : 1 fois

Superpositions, chevauchement d’épisodes plus ou moins larges de la vie de Moïse considérée comme édifiante, digne d’offrir de multiples exemples de :

  • soumission à la volonté divine,
  • modèle de conducteur de son peuple,
  • élévation à être l’interlocuteur de Dieu,
  • législateur.

Dr. Dalil BOUBAKEUR : Recteur de l’Institut Musulman de la Mosquée de Paris

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